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Qui êtes-vous, Alexis Hunot ? Que faites-vous dans la vie ?

Difficile de définir ma profession ; le plus simple serait de dire « spécialiste de l’animation », même si j’ai tendance à préférer les mots « activiste » ou bien pour rester au Japon : Ronin. Je ne suis pas sûr d’être un spécialiste mais je me bats pour une meilleure reconnaissance de l’animation depuis un bout de temps maintenant.
 J’habite Paris et je viens d’avoir 56 ans, même si ce n’est pas très important.  

Que sera, dans les grandes lignes, cette journée consacrée au cinéma d’animation japonais qui aura lieu à Tremblay ? 

Avec Laurent Pierronnet, depuis quelques années maintenant, l’idée est de montrer la diversité du cinéma d’animation japonais. Depuis un certain temps maintenant, cette animation est regroupée sous le seul nom d’Anime (pour des raisons plus commerciales qu’autre chose) mais le cinéma d’animation japonais est très diversifié ; au-delà des séries à succès ou de la montagne Miyazaki il y a tout un pan de cet art qui est moins connu. Mais le succès de l’exposition Takahata en ce moment à la Maison de la culture du Japon (MCJP) montre que les gens veulent découvrir encore plus. 


La journée va se dérouler en trois parties : une première avec un ciné goûter pour toute la famille autour du très beau film Mary et la fleur de la sorcière, suivi d’un quizz et bien sûr d’un gouter  
Ensuite la programmation met l’accent sur un super studio le Studio 4°C avec deux films Les Enfants de la mer, d’Ayumu Watanabe, un véritable ovni filmique qui va réjouir toute la famille et le soir en troisième partie une avant-première exceptionnelle du dernier film en date du studio : ChaO. Le film a obtenu le Prix du jury au dernier festival d’Annecy ; il sortira en avril. J’aurais le plaisir de présenter les films et de faire une petite conférence sur la représentation de l’eau dans le cinéma d’animation japonais. Quand on vit sur un île cette représentation prend bien sûr une grande importance. 

Comment est née votre passion pour les films d’animation japonais ? 

J’aime avant tout le cinéma, en a découlé ma passion pour le cinéma d’animation. Et ensuite ma passion pour l’animation japonaise est venue avec la projection d’Akira au Festival d’Annecy ; je me suis rendu compte que je voyais quelque chose de phénoménal. J’ai été éduqué à l’animation japonaise par Goldorak, Albator que j’aimais beaucoup mais là on atteignait autre chose en termes de cinéma. Puis il y a eu Le Tombeau des Lucioles, Ghost in the shell, Totoro et ensuite impossible de s’en passer. Surtout quand on aborde le continent de la production de court-métrage … 

Quelles sont les caractéristiques de ces derniers ? En quoi sont-ils différents de ceux d’Europe ou des Etats-Unis ? 

Le dessin est partout au Japon, à travers les publications bon marché de mangas, au panneau publicitaires dans les rues, au design … il y a une vraie importance du dessin dans la vie de tous les jours. Donc, je ne sais pas si je peux déterminer de vraies différences, il y en a un niveau production et distribution mais ça prendra trop de temps à tout expliquer. Peut-être que les deux différences principales pour moi, c’est d’abord la durée des films qui prennent plus leur temps pour développer leurs univers, la psychologie des personnages, la vie quotidienne, ce qui manque souvent dans le reste du monde. 
L’autre, ce sont les sujets ; on parle de tout dans le cinéma d’animation japonais ce qui est quand même rarement le cas dans le cinéma européen et encore moins dans le cinéma hollywoodien … 

« Plus grande diversité » 

Quels sont vos réalisateurs préférés ?

Je n’en citerai que deux et uniquement pour les longs-métrages (car il y aurait pas mal de noms au niveau des court-métrages et des séries)
 : Takahata Isao et Kon Satoshi. Sûrement pour moi les deux meilleurs cinéastes en termes de cinéma. 
Le premier avec des films comme Le Tombeau des Lucioles ou Pompoko mais sa diversité de mise en scène est incroyable quand vous regardez des films comme Souvenirs goutte à goutte ou Chié la petite peste. Il y a une finesse et une intelligence rare dans sa description des personnages qu’il met en scène, la princesse Kaguya en est un magnifique exemple. Un génie
. 

L’autre, aussi un génie, c’est Kon Satoshi. Tokyo Godfathers, Perfect Blue, Paprika, le sublime Millenium actress … Dans tous ces films il a développé un travail sur le temps, sur l’enjeu de la fiction vs la réalité … Dans Millenium actress il y a un montage d’une grande élégance qui nous fait passer plusieurs époques et nous fait voyager à travers l’histoire du cinéma japonais. Je pourrais en parler pendant des heures 

En attendant, parlez-nous d’abord des deux films que vous présenterez à Tremblay. 

Les Enfants de la mer est un film qui a surpris tout le monde ; on ne connaissait pas bien le cinéaste. C’est une magnifique histoire. Visuellement le film est sublime avec une fin que je compare un peu à 2001 l'Odyssée de l’espace. Un film à voir absolument sur grand écran. Pour le second le film, c’est une histoire d’amour entre deux personnes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, là encore une très jolie histoire mais c’est aussi au niveau visuel que le film mérite d’être vu sur grand écran. Il y a une virtuosité graphique et de l’animation qui rappelle deux chefs d’œuvres du Studio 4°C : Mindgame et Amer Béton. 
 

Qu’est-ce qui différencie une bande dessinée d’un manga ? 

Je suis un connaisseur en animation et assez peu en manga. 
Comme pour l’animation, j’ai l’impression qu’il y a une plus grande diversité dans les sujets traités, les publics touchés. Ce qui est très intéressant au niveau de la mise en scène, c’est qu’on va avoir une décomposition d’une scène, d’un mouvement de manière beaucoup plus détaillée que dans une BD. Une même action va prendre deux cases en BD alors qu’elle peut prendre quelques pages en manga. 

Quel est l’impact en France du cinéma d’animation japonais ? 

Moins important que celle du manga, la France étant, il me semble, le deuxième pays après le Japon qui en lit le plus. (…) On remarque des influences fortes chez de nombreux et nombreuses cinéastes. 
Au niveau des spectateurs et des spectatrices, il y a vraiment une niche de gens qui s’intéresse à l’animation japonaise et qui va embrasser complètement une façon de vivre otaku, manger japonais, faire du cosplay. Sur le plan culturel, le Japon et la France s’admirent mutuellement. La Bergère et le ramoneur (première version du Roi et l’oiseau a beaucoup impressionné de nombreuses personnes au Japon, dont Isao Takahata), aujourd’hui ce sont les films de Kon Satoshi ou bien sûr Hayao Miyazaki qui ont un écho fort chez les gens de l’animation en France.
Mais en ce qui concerne le public, à part Miyazaki et quelques rares films, la reconnaissance n’est pas encore au niveau où elle devrait être et nous devons encore beaucoup travailler pour convaincre un public plus large de la force de l’animation japonaise.

Samedi 10 janvier 2026, au cinéma Jacques-Tati, Les merveilles de l’animation japonaise

  • À 14h30, ciné-goûter, Mary et la fleur de la sorcière, d’Hiromisa Yonebayashi (à partir de 8 ans ; tarif unique 5 €).
  • À 16h25 : échanges–quiz (sur le thème les sorcières-sorciers au cinéma).
  • À 17h30, Les enfants de la mer, d’Ayumu Watanabe (à partir de 9 ans).
  • Vers 19h45 : pause repas avec formule sandwich (5 € ; rés. jusqu’au 9 janvier à f.baron@tremblayenfrance.fr).
  • À 20h30, en avant-première, Chao, d’Yasuhiro Aoki (à partir de 10 ans).